Scriptorium

Informations et communications

Bandeau page6

« Tel est l’état de ceux qui après avoir vaincu le dragon, sont montés après leur mort dans la région du repos et du bonheur ; tel est même l’état de ceux qui ici-bas ont rompu les chaînes de leur esclavage, et ont ouvert toutes leurs facultés à celui qui ne demande pas mieux que de les pénétrer et de les remplir ; enfin tel est l’état de ceux sur qui l’esprit a imposé les mains, parce que par cette imposition des mains, il rassemble en eux dans une unité toutes les subdivisions spirituelles qu’ils avaient laissés disséminer ; c’est même par ce moyen, et en vertu de l’unité indivisible dont cet esprit est dépositaire qu’il les met dans le cas d’imposer les mains à leur tour sur leurs semblables, et d’y opérer les mêmes rassemblements qui se sont opérés en eux lors de l’imposition des mains de l’esprit ; et tel est l’objet du sacerdoce ; tels en sont les pouvoirs, tels en sont les fruits pour ceux qui s’en sont rendus dignes, et qui ont été compris dans la divine élection . »

Louis-Claude de Saint-Martin, "Le Philosophe Inconnu"

 

Scriptorium

« Philosopher, c'est apprendre à mourir au sensible. »

Platon

 

LE CHEMIN DE L'INITIATION

DES CARACTÈRES DE LA SCIENCE SPIRITUELLE

Rudolf Steiner

 

Il existe à l’état latent chez tout homme des possibilités qui en se réalisant lui permettent d’acquérir la connaissance des mondes supérieurs. Le mystique, le gnostique et le théosophe parlent d’un monde des âmes et d’un monde des esprits qui sont pour eux aussi réels que les objets que notre œil aperçoit ou que notre main touche. En les écoutant l’on est en droit de se dire : Ces expériences peuvent devenir les miennes si je développe certains pouvoirs qui sommeillent encore en moi.

La seule question est de savoir par où il faut commencer pour amener ce réveil. – Ceux-là seuls qui possèdent déjà ces pouvoirs peuvent donner des enseignements sur ce sujet. Depuis que le genre humain existe, il y a eu de tous temps des écoles où les hommes doués de ces pouvoirs supérieurs ont donné leurs leçons à ceux qui aspiraient à les posséder. On les appelle : « écoles occultes ». Et l’enseignement qui s’y donne, se nomme « enseignement occulte ». Cette dénomination provoque souvent un malentendu. On peut croire que les maîtres qui enseignent dans ces écoles représentent une sorte d’êtres privilégiés qui volontairement refusent à leurs semblables de leur communiquer leur science. Peut-être pense-t-on aussi que, derrière cette science, il n’y a rien de bien sérieux. On est tenté d’imaginer que s’il s’agissait là d’une science véritable, on n’aurait nul besoin d’en faire mystère et qu’on pourrait la livrer au public pour faire profiter l’humanité tout entière de ses bienfaits.

Ceux à qui l’initiation a révélé la nature de la science occulte ne s’étonnent nullement d’entendre les profanes raisonner ainsi. En quoi réside le côté mystérieux de l’initiation ? À cette question peuvent seuls répondre ceux qui ont été admis à participer au moins jusqu’à un certain degré à cette initiation même. Puisqu’il en est ainsi, demandera-t-on, quel intérêt peut présenter pour un cœur humain cette science occulte ? Comment et pourquoi cherchera-t-il à pénétrer des mystères dont il ne peut se représenter la nature ? Une semblable question révèle une idée tout à fait erronée de la nature de l’occultisme. En réalité, il en est de la science occulte comme de tout autre savoir ou pouvoir accessible à l’homme. Cette science n’est pas plus un mystère pour la moyenne des hommes que l’écriture n’en est un pour celui à qui on ne l’a pas enseignée. Et, de même que pour apprendre à écrire, il suffit d’employer les moyens appropriés, de même il suffit de choisir la route qui conduit à l’occultisme pour devenir, non seulement un disciple, mais même un maître dans cette science secrète.

Une seule différence la sépare des autres branches du savoir et de l’activité humaine. C’est que par la pauvreté ou par le défaut d’éducation première, résultant de son milieu, un homme peut se trouver dans l’impossibilité d’apprendre, par exemple, à écrire, tandis que, pour l’acquisition de la connaissance et des pouvoirs dans les mondes supérieurs, il n’existe point d’obstacle à la recherche ardente et sincère. On s’imagine volontiers qu’il faut chercher dans un lieu précis les maîtres de la sagesse pour recevoir leurs leçons. À cet égard, il est deux choses certaines : tout d’abord celui qui aspire avec ardeur à la connaissance ne reculera devant aucun effort, devant aucun obstacle pour chercher l’initié capable de lui découvrir les mystères de l’univers. D’autre part, soyez persuadés que l’initié saura surmonter toutes les difficultés pour rencontrer le chercheur en qui il aura constaté un effort sincère et méritoire.

Il existe en effet, parmi les initiés, une loi sévère qui les empêche de refuser à aucun homme la lumière à laquelle il a le droit de prétendre. Mais une loi non moins sévère leur interdit de livrer une parcelle quelconque de la science occulte à ceux qui n’en sont pas dignes. Et un initié est d’autant plus parfait qu’il observe plus strictement ces deux lois. L’ordre auquel appartiennent tous les initiés est entouré d’un retranchement : ces deux lois sont le ciment qui assure la solidité de ce retranchement.

Vous pouvez être l’intime ami d’un initié : ce rempart vous séparera de lui aussi longtemps que vous ne serez pas initié vous-même. Vous pouvez posséder tout son cœur, toute son affection : il ne vous confiera son secret que quand vous serez mûr pour le recevoir. Vous pouvez le flatter, vous pouvez le torturer, rien ne pourra le déterminer à vous livrer une chose qu’il sait ne pas devoir vous livrer parce que votre degré d’évolution ne vous permet pas d’accueillir cette révélation comme il convient.

Les chemins que doit parcourir l’homme pour acquérir la maturité nécessaire à ces révélations sont décrits avec précision, ils sont éternellement tracés en lettres de feu dans les temples où les initiés conservent précieusement ces augustes mystères. Dans les temps qui ont précédé notre histoire, ces temples étaient visibles aux yeux des hommes. Aujourd’hui que notre vie s’est éloignée de toute spiritualité, la plupart d’entre eux sont invisibles aux yeux. Pourtant ils existent partout, et quiconque les cherche peut les trouver.

C’est dans son âme seule que l’homme découvrira le moyen d’ouvrir les lèvres des initiés. S’il développe en soi certaines qualités, les trésors de la sagesse lui seront communiqués.

Avant tout, l’âme doit, dès le début, faire preuve d’une disposition fondamentale. La période où elle l’acquiert se nomme dans le langage occulte le sentier du respect ou de la dévotion, et elle est indispensable à celui qui veut devenir un étudiant de la sagesse occulte.

Des expériences intérieures nous font savoir quelles sont les dispositions que l’on remarque dès leur enfance chez ceux qui sont destinés à devenir plus tard des occultistes. Il existe des enfants qui regardent avec une sainte vénération certaines personnes ; ils éprouvent pour elles un respect profondément enraciné dans leur cœur qui fait taire toute pensée de critique ou de contradiction. Ces enfants, quand ils sont devenus des jeunes gens ou des jeunes filles, ressentent comme un bienfait d’avoir quelque chose à respecter. C’est parmi eux que se recrutent la plupart des étudiants de l’occultisme. Vous êtes -vous arrêté parfois sur le seuil d’un homme que vous vénérez et avez-vous, à cette première visite, ressenti comme une religieuse émotion au moment de frapper à cette porte et d’entrer dans ce sanctuaire ? Vous pouvez considérer le sentiment que vous avez alors éprouvé comme le germe des dispositions que doit avoir l’occultiste.

C’est un véritable bonheur pour l’être en voie de croissance de connaître ces sentiments, mais il ne faudrait pas croire que ces dispositions ont quelque rapport avec la subordination ou l’esclavage. L’expérience nous apprend que les hommes vraiment indépendants et fiers sont justement ceux qui ont appris à respecter ce qui est respectable, et le respect est justifié partout où il est issu des profondeurs du cœur humain.

Si nous ne nous pénétrons de la conviction qu’il existe quelque chose au-dessus de nous, nous ne trouverons pas la force nécessaire pour nous élever à un niveau supérieur à notre niveau actuel. L’initié n’a pu conquérir la force de gravir les sommets de la connaissance que parce que son cœur a su s’abaisser dans le respect et la dévotion. On ne saurait monter jusqu’aux cimes de l’esprit qu’en passant par la porte de l’humilité. On ne peut parvenir à la vraie science qu’après avoir appris à lui rendre un culte. Certes, l’homme a le droit de regarder en face la lumière, mais ce droit il doit le conquérir. Il y a dans la vie spirituelle des lois aussi absolues que dans le monde matériel. Frottez une tige en verre avec une substance appropriée, et elle acquiert le pouvoir d’attirer des objets de faibles dimensions. Ce phénomène est le fait d’une loi naturelle, que connaît tout physicien. De même on n’ignore pas, pour peu que l’on connaisse les éléments de l’occultisme, que tout sentiment de vraie dévotion développe dans l’âme une puissance qui doit la conduire, tôt ou tard, sur le sentier de la connaissance. Celui qui a le bonheur de posséder naturellement ces tendances dévotionnelles ou de les acquérir par une éducation appropriée y trouvera, au cours de son existence, un auxiliaire précieux quand il voudra s’adonner à la science occulte. Mais celui qui n’a pas cette préparation rencontrera des obstacles dès ses premiers pas dans le sentier de la connaissance s’il n’entreprend de développer en lui-même cette dévotion en s’imposant une discipline énergique.

À l’époque où nous vivons il est particulièrement important d’attirer l’attention sur ce point. Notre civilisation a, en effet, un penchant à critiquer, à juger, à décider sur toutes choses, tandis qu’elle nous détourne de la dévotion et du respect confiant. Nos enfants eux-mêmes, préfèrent critiquer que d’écouter avec respect. Or, toute critique, tout jugement prématuré porté sur les autres chasse de l’âme les forces qui permettent d’accéder à la connaissance, tandis qu’un mouvement de respect les développe. Nous ne voulons pas faire par là le procès de notre culture, car c’est précisément à la critique, à l’examen conscient et à l’habitude « d’éprouver toutes choses pour choisir la meilleure » que nous devons les progrès de notre civilisation. Jamais l’homme ne serait parvenu au degré de perfection actuelle dans les sciences, l’industrie, les transports ou la législation s’il n’avait appliqué à toute chose cet esprit de libre examen en soumettant toutes les questions au verdict de son jugement. Mais ce que nous avons ainsi gagné dans le domaine de la culture extérieure, nous le perdons en revanche en dispositions spirituelles dans le domaine de l’évolution supérieure.

Il est pourtant un point dont chacun doit se rendre un compte exact : c’est que l’homme qui se laisse submerger par le courant de la culture contemporaine a beaucoup de peine à parvenir à la connaissance des mondes supérieurs, s’il ne se soumet à une énergique discipline.

Au temps où la vie matérielle était plus simple, l’essor spirituel était moins malaisé. Les choses saintes et respectables tranchaient davantage sur les choses de la vie courante. L’idéal s’est abaissé à notre époque d’esprit critique. Des sentiments tout autres ont pris la place du respect, de la vénération, de l’adoration et de l’admiration. Ces dispositions, notre civilisation les refoule toujours davantage, de sorte que dans la vie quotidienne, l’homme a peu d’occasions de les éprouver. Celui qui poursuit la connaissance supérieure doit les provoquer en lui, les inoculer dans son âme. Ce n’est point par l’étude, mais bien par la vie même que l’on y parvient. Si vous voulez devenir un étudiant de l’occultisme, il faut développer par l’éducation vos tendances dévotionnelles, rechercher dans votre entourage ou dans vos expériences ce qui peut vous imposer un sentiment d’admiration ou de respect.

Partout où les circonstances, partout où vos devoirs le permettent, il faut essayer de renoncer à la critique et au jugement. Si, rencontrant un homme, je ne songe qu’à blâmer ses faiblesses, je me ravis à moi-même de la force spirituelle ; si je cherche avec amour à pénétrer ses qualités, j’assimile de cette force spirituelle. Le disciple ne doit perdre aucune occasion d’appliquer ce principe. Des occultistes éprouvés savent tout ce qu’ils doivent à leur habitude de considérer en toutes choses le bon côté et de différer à prononcer leur jugement. Et cette règle ne s’applique pas seulement à l’attitude extérieure elle doit régir notre âme même. L’homme a, sous la main, les moyens de se perfectionner lui-même, de se transformer entièrement avec le temps. Mais cette métamorphose doit s’accomplir dans sa vie intérieure, dans sa pensée. Il ne suffit pas de témoigner du respect par notre attitude : le respect doit être en nous.

Aussi l’étudiant doit-il commencer par faire une place à la dévotion dans sa vie mentale. Il doit bannir de sa conscience les sentiments de mépris ou de dénigrement, et s’attacher particulièrement à cultiver la dévotion.

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Chemin martiniste

 

LE CHEMIN DE L'INITIATION

DES DISPOSITIONS MORALES UTILES AU CANDIDAT

Rudolf Steiner

 

Lorsque l’homme a poussé jusqu’à cette perfection la culture de ses sentiments, de ses pensées et de ses état d’âme, en pratiquant les méthodes d’écrites dans les chapitres précédents et en passant par les étapes successives de la préparation, de l’illumination et de l’initiation, il se produit dans son âme et dans son esprit une organisation semblable à celle que les forces de la nature ont produites dans son corps physique. Avant cette formation, l’âme et l’esprit ne sont que des masses de substance inorganisée qui apparaissent aux clairvoyants sous l’aspect de nuages en spirales se pénétrant les uns les autres et présentant une coloration terne, allant du rouge au rouge brun ou parfois au rouge jaune. Une fois organisées, ces masses se nuancent brillamment de tons jaune vert ou vert bleu en même temps qu’elles présentent une structure régulière. L’homme parvient à cette régularité de structure en ordonnant ses sentiments, pensées et états d’âme, comme la nature ordonne ses éléments corporels pour lui permettre de voir, d’entendre, de digérer, de respirer, de parler, etc.. Peu à peu le disciple apprend à respirer et à voir par l’âme (astralement), à entendre et à parler par l’esprit (mentalement). Nous allons ici examiner de plus près un certain nombre de qualités nécessaires à développer dans ces stades de l’évolution.

Il faut tout particulièrement cultiver la patience. Chaque mouvement d’impatience paralyse et va même jusqu’à détruire les possibilités latentes dans l’homme. Il est compréhensible que l’étudiant attende des résultats avec impatience, il ne saurait pourtant prétendre à aucun succès aussi longtemps qu’il n’a pas maîtrisé cette impatience. Il ne suffit pas de la combattre dans le sens ordinaire du mot, ce qui ne ferait que l’accroître, car on n’arrive ainsi qu’à s’illusionner au point de la croire disparue alors qu’elle demeure aussi forte au fond de l’âme. Il faut, pour réussir, se plonger dans une pensée bien déterminée et se l’assimiler parfaitement. Cette pensée est la suivante : « Je dois tout faire pour développer mon âme et mon esprit, mais j’attendrai dans le calme jusqu’à ce que les puissances supérieures me jugent digne d’une illumination. » Si cette pensée s’empare de l’homme assez profondément pour devenir un trait de sa nature, il peut avoir la certitude d’être dans le droit chemin. Ce trait de caractère se reflète même dans l’extérieur du disciple : le regard devient calme, les mouvements assurés, les décisions précises et tout ce que l’on appelle nervosité disparaît de l’être humain : les petites règles de conduite qui ont l’air insignifiant exercent une action considérable. Par exemple, quelqu’un veut nous offenser : avant notre travail occulte, nous nous élevions contre l’offenseur et la colère remplissait notre âme. Chez le disciple, au contraire, une seule pensée domine en pareil cas, c’est que cette offense ne lui enlève rien de sa valeur personnelle. Et il décide ensuite ce qu’il fera pour répondre à cette offense avec calme et sang -froid et sans se laisser dominer par la colère. Il ne s’agit pas naturellement de subir sans protester toute offense, mais simplement de nous comporter avec autant de calme et de sang-froid s’il s’agit de punir une offense qui nous atteint nous-mêmes que s’il s’agissait d’une offense faite à une autre personne dans des circonstances où nous aurions le droit de la châtier. C’est le cas de remarquer ici une fois de plus que le progrès occulte ne se manifeste pas par un changement éclatant dans notre attitude, mais qu’il consiste au contraire en une transformation délicate et silencieuse des sentiments et des pensées.

La patience exerce une sorte d’attraction sur les trésors du savoir occulte. Par l’agitation et la hâte on ne saurait rien acquérir dans les domaines supérieurs de l’être. Il faut avant tout imposer silence au désir et à la passion. Ce sont des états de l’âme devant lesquels la science supérieure recule avec une sorte de pudeur. Si précieuse que soit la connaissance occulte, il ne faut pas la convoiter, elle doit venir à nous. Celui qui la désire pour sa jouissance personnelle ne l’obtient jamais.

Ces dispositions demandent une absolue et profonde sincérité de l’âme vis-à-vis d’elle-même. Il ne faut se faire sur soi-même aucune illusion. On doit savoir regarder en face avec clairvoyance ses fautes et ses faiblesses. Dès l’instant que vous cherchez une excuse à vos imperfections, vous dressez un obstacle sur le chemin de votre progrès spirituel. On ne peut éviter ces obstacles que par la connaissance de soi-même. Il n’y a qu’un moyen de se corriger de ses fautes et de ses faiblesses, c’est de les connaître. Toutes les possibilités dorment en l’homme et l’on peut les éveiller. L’entendement et la raison eux-mêmes sont susceptibles d’être améliorés si l’homme s’étudie avec sang -froid et calme pour se rendre un compte exact de ses faiblesses. Cette connaissance de soi-même est naturellement malaisée, car l’illusion dans ce domaine est une tentation étrangement puissante. Celui qui s’accoutume à être véridique envers soi-même s’ouvre par là les portes de la perception supérieure. Toute curiosité doit également disparaître chez l’étudiant. Il doit s’abstenir de poser des questions pour sa propre satisfaction. Il ne doit s’informer que des conditions qui lui permettent de se perfectionner lui-même pour le service de l’évolution universelle. Dans cet esprit, il peut se livrer entièrement à sa joie de connaître. Tout ce qui tend à ce but doit être pour lui une exhortation qu’il écoute pieusement et qu’il cherche à renouveler.

La discipline occulte réclame particulièrement une éducation du désir. Il ne s’agit pas de devenir sans désir, car il est naturel que nous désirions tout ce qu’il nous faut atteindre, et un désir se réalise toujours lorsque la force appropriée y réside. Cette force est issue de la vraie connaissance.

« En tout domaine, que la connaissance de la vérité précède le désir », c’est une des règles d’or de la sagesse occulte. Le sage apprend d’abord à connaître les lois de l’univers, alors ses désirs se changent en forces qui portent en elles-mêmes leur réalisation. Citons un exemple probant. Certes beaucoup d’hommes désirent connaître par leur expérience personnelle les phases de leur existence qui ont procédé leur naissance terrestre. Un tel désir est sans objet et sans issue aussi longtemps que l’homme en question ne s’est pas assimilé la connaissance des lois et de l’essence des choses éternelles et cela dans toute leur subtilité. Mais lorsqu’il a réellement acquis cette connaissance et qu’il veut aller plus loin, alors son désir ennobli et purifié le seconde utilement. Il ne sert à rien de dire : je veux connaître ma vie antérieure et c’est justement dans cette intention que je travaille à m’instruire. Il vaut au contraire bien mieux laisser ce désir entièrement de côté, l’éliminer de soi et travailler d’abord sans cette intention. On doit prendre plaisir à se donner entièrement à son travail occulte sans avoir besoin de ce levier, car c’est seulement ainsi que l’on apprend à développer en soi le désir, capable de devenir une force entraînant après soi la réalisation.

Lorsque je me mets en colère ou que je m’irrite, je dresse une barrière dans le monde animique et les forces qui doivent édifier mes organes spirituels ne peuvent plus parvenir jusqu’à moi. Lorsqu’un homme s’irrite contre moi, il m’envoie un courant astral. Aussi longtemps que je suis capable de m’irriter moi-même, il m’est impossible de percevoir ce courant, ma colère le voile, mais je ne dois pas supposer qu’il me suffira de ne plus m’irriter pour percevoir aussitôt un phénomène astral, car il faut pour cela que mon œil occulte se développe d’abord. Les rudiments de cet œil existent chez tout être humain, ils demeurent inertes aussi longtemps que l’homme est capable de s’irriter et il ne suffit pas d’avoir quelque peu combattu le sentiment de la colère pour les rendre actifs. Il faut continuer sans se lasser et avec patience à combattre ces dispositions, alors il arrivera un jour où l’on remarquera que l’œil spirituel s’est développé. À vrai dire, pour arriver à ce but, il ne suffit pas de combattre uniquement la colère. Beaucoup s’impatientent et doutent parce que pendant des années ils ont combattu certaines dispositions de caractère sans parvenir à la clairvoyance. Ils ont ainsi orienté comme il convient certaines dispositions et laissé les autres se développer sans contrôle en toute liberté. Le don de la clairvoyance ne saurait être conféré avant que toutes les dispositions de nature à paralyser les pouvoirs endormis ne soient maîtrisées. Assurément la clairvoyance et la clairaudience se font jour avant ce moment-là, mais ce sont des bourgeons infiniment délicats sujets à toutes les erreurs et qui se flétrissent bien vite si on les prive des soins nécessaires.

Parmi les dispositions contre lesquelles il faut lutter, non moins que contre la colère, citons la pusillanimité, la superstition et les partis pris, la vanité et l’orgueil, la curiosité et le bavardage inconsidéré, les distinctions établies entre les hommes suivant le rang, la race et l’origine. On comprendra mal à notre époque que la lutte contre ces défauts ait quelque chose à faire avec le pouvoir de connaître, mais tous les occultistes savent fort bien que ces choses ont beaucoup plus d’influence que l’ouverture de l’intelligence et la pratique d’exercices artificiels. Ne croyez pas non plus comme beaucoup que pour combattre la crainte il faille devenir follement audacieux et que pour combattre les préjugés de race ou de caste il faille se refuser à faire aucune distinction entre les hommes. Il s’agit bien plutôt d’apprendre à juger sainement, ce qui n’est pas possible quand on obéit à des préventions. Déjà au point de vue du simple bon sens, il est exact que, par exemple, la crainte d’un objet nous empêche de le juger avec discernement et que le préjugé de race nous interdit de pénétrer dans l’âme d’un homme. C’est à ce point de vue du simple bon sens que le disciple doit travailler à développer la finesse et la pénétration de ses jugements. De même, c’est un obstacle sur le sentier de l’occultisme que de parler sans avoir suffisamment éclairci par la réflexion ce que l’on veut, dire, et ici il faut considérer un point que seul un exemple fera bien comprendre. Si quelqu’un me dit une chose à laquelle je dois répliquer, il faut que je m’efforce plutôt de considérer et de comprendre son opinion, son sentiment, voire même ses préjugés au lieu de ne songer qu’au sentiment immédiatement éveillé en moi par le sujet traité. Il y a ici toute une culture raffinée du tact à laquelle le disciple doit consacrer ses soins les plus attentifs. Il faut qu’il sache juger de la signification qu’aura pour son interlocuteur la réplique où il lui exposera sa propre opinion. Ce n’est pas une raison pour ne pas exprimer cette opinion, il n’en n’est nullement question : mais il faut écouter aussi attentivement que possible ce que disent les autres pour déterminer d’après ces données la forme de sa réplique. Une pensée s’impose au disciple en pareille occasion et quand cette pensée devient un trait de caractère, il sait qu’il est sur la bonne voie. Cette pensée est la suivante : « L’important n’est pas que j’oppose à cet homme mon opinion différente de la sienne, mais bien qu’il trouve de lui-même la vérité grâce à l’aide que je lui donnerai. » C’est à l’aide de ces pensées que le caractère et la manière d’agir du disciple portent de plus en plus l’empreinte de la douceur, ce ressort essentiel de toute discipline occulte. La dureté intimide les formations astrales qui nous environnent et qui doivent éveiller la perception spirituelle. La douceur bienveillante écarte les obstacles, et ouvre les sens spirituels.

Et avec la douceur se développera un autre trait du caractère, l’attention sympathique et calme appliquée à toutes les nuances de la vie sentimentale chez ceux qui nous entourent, grâce au silence parfait de nos propres mouvements intérieurs. Quand l’homme est parvenu à cet état, alors les états d’âme de son entourage agissent sur lui et déterminent la croissance et l’organisation progressive de son âme, de même que la lumière du soleil fait s’épanouir la plante. Douceur et silence, accompagnés de patience, sont des forces qui ouvrent à l’âme le monde des âmes, à l’esprit le monde des esprits.

« Attends dans le recueillement et dans le calme, ferme tes sens aux impressions qu’ils ont reçues avant ton entrée sur le sentier, fait taire parmi tes pensées celles qui autrefois s’agitaient dans ton âme, esclaves de tes habitudes. Que le silence et l’immobilité règnent au dedans de toi, attends patiemment et l’action des mondes supérieurs édifiera tes yeux astrals et tes oreilles spirituelles. N’espère pas voir et entendre aussitôt dans les mondes de l’âme et de l’esprit, car si tout ce que tu fais sert à développer tes sens supérieurs, tu ne saurais voir astralement et entendre spirituellement que lorsque tu posséderas les organes nécessaires. Lorsque tu es ainsi resté quelques instants dans le calme et le recueillement, va à tes affaires après t’être encore une fois profondément pénétré de la pensée suivante : « Il m’arrivera un jour ce qui doit m’arriver, quand je serai mûr pour le recevoir », et évite soigneusement toute tentative pour attirer à toi les puissances occultes par ta volonté personnelle. »

Telles sont les directions que tout étudiant reçoit de son instructeur à l’entrée du sentier occulte. S’il les observe, il se perfectionne ; s’il ne les observe pas, tout son travail est vain, mais elle ne sont difficiles à mettre en pratique que pour celui qui manque de patience et de fermeté. Il n’existe point d’autres obstacles que ceux que chacun se crée à soi-même et que chacun peut aussi éviter s’il le veut vraiment. Il faut sans cesse rappeler ces vérités, car bien des gens se représentent faussement la nature des difficultés qui attendent l’occultiste. Il est dans un certain sens plus facile de franchir les premières étapes de ce sentier que de venir à bout des difficultés constantes de la vie journalière si l’on est tout à fait ignorant de l’occultisme.

En outre, nous ne pouvons faire connaître ici que des procédés incapables de faire courir le moindre danger à la santé physique ou morale. Certes, il y a d’autres chemins qui conduisent plus vite au but, mais on ne doit pas en parler publiquement parce qu’ils ont sur l’homme certains effets qui réclament l’intervention immédiate ou du moins la surveillance constante d’un guide qualifié. Comme certains points de ces méthodes ont transpiré au dehors, nous avons le devoir d’avertir expressément des dangers que présente leur application en l’absence d’une direction personnelle. Pour des motifs qui ne sont compréhensibles qu’aux initiés, les chemins de cette espèce ne peuvent jamais être communiqués sous leur véritable forme, et quant aux fragments qui sont révélés par -ci par-là non seulement ils ne sauraient conduire à un succès, mais ils signifient la ruine de la santé, du bonheur et de la paix de l’âme. Celui qui ne veut pas se livrer à des puissances ténébreuses dont il ne peut connaître ni l’origine, ni la véritable essence doit soigneusement éviter d’entrer dans cette voie.

Nous pouvons encore donner quelques détails sur l’entourage favorable aux exercices occultes. Cela n’est pas sans importance, mais les conditions varient pour chaque individu. Celui qui s’exerce dans un milieu rempli d’intérêts égoïstes et tout agité par la lutte pour la vie doit savoir que cette atmosphère n’est pas sans influence sur le développement de ses organes spirituels. À vrai dire les lois intérieures qui gouvernent ces organes sont assez fortes pour résister aux dommages qui peuvent résulter de ces influences. L’ambiance la plus défavorable ne saurait faire qu’une graine de lis donne naissance à un chardon : de même les vibrations égoïstes de nos cités modernes ne sauraient faire qu’un organe spirituel devienne autre chose que ce qu’il doit être. Mais en tout cas, il est excellent pour le disciple de s’environner de temps à autre du calme et du silence des champs et de jouir de la nature dans sa grâce et dans sa majesté.

Il est particulièrement favorable pour l’étudiant de poursuivre son travail occulte au sein d’une végétation verdoyante ou sur des montagnes ensoleillées et comme bercé par le rythme calme de la vie végétale.

Un tel milieu assure aux organes des sens spirituels une croissance harmonieuse telle qu’on ne saurait la réaliser dans une cité moderne. De même, c’est un avantage incontestable sur l’homme des villes que d’avoir, du moins dans son enfance, respiré l’air des sapins, contemplé les sommets neigeux et observé l’activité silencieuse des insectes et des animaux dans la forêt.

Quant à ceux qui se voient obligés de vivre dans une ville, ils ne doivent pas négliger de nourrir leurs organes astrals et mentals en voie de croissance par la lecture des pages inspirées dues aux grands maîtres de la sagesse. Si vos yeux ne peuvent suivre jour par jour l’éclosion du printemps sous le feuillage verdoyant des forêts, vous trouverez une compensation à nourrir votre cœur des pensées sublimes de la Bhagavad Gita, de l’Évangile selon saint Jean ou de Thomas de Kempis. Il y a bien des chemins pour gravir les sommets de la clairvoyance, mais il faut les choisir avec discernement.

L’occultiste sait sur ces chemins bien des choses qui paraissent singulières aux profanes. Il arrive, par exemple, que quelqu’un soit déjà très avancé sur le sentier, qu’il touche pour ainsi dire immédiatement aux portes de la perception spirituelle. S’il a alors le bonheur de faire un voyage sur une mer calme ou parfois au contraire sur les flots agités par la tempête, subitement le bandeau tombe de ses yeux spirituels et il devient voyant. Un autre est également arrivé si loin que ce bandeau n’a plus qu’à s’écarter, et ce bonheur lui advient par un coup inattendu de la destinée. Sur un autre homme, ce coup imprévu aurait eu pour effet de paralyser ses forces, d’endormir ses énergies. Pour le disciple, il marque le point de départ de l’illumination. Un troisième a attendu de longues années sans murmurer, il est ainsi demeuré sans percevoir les fruits de son travail : un jour il est assis paisiblement dans sa chambre silencieuse et soudain autour de lui tout s’éclaire ; les murs disparaissent, deviennent diaphanes, un nouvel univers se déploie devant son œil désormais clairvoyant ou résonne à ses oreilles spirituelles désormais ouvertes.

 

 

Coeur ciel

 

LE CHEMIN DE L'INITIATION

DES DISPOSITIONS IMPOSEES  AU CANDIDAT

Rudolf Steiner

 

Les conditions d’admission dans une école d’occultisme n’ont rien d’arbitraire, elles sont déterminées par la nature même du savoir occulte. De même qu’un homme ne saurait devenir peintre s’il ne veut pas prendre un pinceau en mains, de même personne ne saurait recevoir une instruction occulte s’il ne consent à remplir les conditions que l’instructeur considère comme indispensables. Au fond cet instructeur ne donne jamais que des conseils et c’est dans ce sens qu’il faut accueillir tout ce qu’il dit. Il a lui-même passé par les chemins préparatoires à la connaissance des mondes supérieurs, il a expérimenté ce qui est nécessaire, et il dépend du libre vouloir de chacun de suivre ou non la même route.

Si quelqu’un demandait à recevoir les instructions d’un occultiste sans vouloir se plier aux conditions nécessaires, il agirait comme un jeune homme qui irait trouver un professeur de peinture pour lui dire : « Apprenez-moi à peindre, mais épargnez-moi la peine de toucher à un pinceau. »

L’action de l’instructeur ne va jamais plus loin que ne le comporte la bonne volonté du disciple, mais il faut remarquer que le désir général de progresser dans la science supérieure n’est pas suffisant. Beaucoup de gens ont naturellement ce désir, mais celui qui se contente de l’avoir sans vouloir se plier aux conditions imposées par l’instructeur ne saurait rien entreprendre de bon. C’est à quoi doivent songer ceux qui se plaignent du peu d’empressement des occultistes à leur égard. Si vous ne voulez pas remplir ces conditions dans toute leur rigueur, il faut que pour le moment vous renonciez à tout progrès occulte. Ces conditions sont, à vrai dire, rigoureuses mais non pas dures, car leur observation doit, de toute nécessité, être un effet de votre volonté libre.

Si l’on ne considère pas ce caractère, les exigences de l’instructeur peuvent apparaître comme une contrainte de l’âme et de l’esprit, car la discipline consiste en une culture de la vie intérieure. Il faut donc bien que l’occultiste donne des conseils qui se rapportent à cette vie intérieure, mais on ne saurait considérer comme une contrainte des obligations auxquelles on se soumet librement. Si quelqu’un dit à son maître : « Fais-moi partager ta sagesse tout en me laissant à mes sensations, à mes sentiments et à mes représentations d’autrefois », ce qu’il demande est impossible, car il ne veut rien autre que contenter sa curiosité et son désir d’apprendre. Dans de telles dispositions, l’acquisition du savoir occulte est impraticable.

Énumérons maintenant en ordre les conditions imposées au disciple. Avant tout, remarquons que pour aucune d’entre elles on n’exige qu’elle soit intégralement réalisée. Ce que l’on demande, c’est uniquement l’effort sincère pour y parvenir. Personne ne peut satisfaire entièrement à ses exigences, mais il est au pouvoir de tous de commencer à le faire. L’important, c’est la bonne volonté et le désir profond d’entrer dans cette voie.

La première condition est la suivante : Il faut veiller à sauvegarder sa santé physique et spirituelle. Naturellement, il ne dépend pas d’un homme d’être bien portant, mais il dépend de lui d’y tendre et de faire le nécessaire pour y parvenir. Une connaissance saine de la vérité ne saurait être que l’apanage d’un homme sain. Aucun instructeur ne repoussera un candidat pour défaut de santé, mais tous demanderont que l’élève ait la volonté de vivre sainement. Dans ce domaine, il faut que l’homme agisse en toute indépendance. Les bons conseils d’autrui, conseils que généralement personne ne sollicite, sont en règle générale tout à fait superflus, chacun doit s’efforcer de veiller sur soi-même. Au point de vue physique, il s’agit beaucoup plutôt d’écarter les influences nocives que d’autre chose. Certes, pour remplir nos devoirs, nous devons souvent nous mettre dans des conditions nuisibles à notre santé ; certes, il faut savoir, le cas échéant, placer le devoir au -dessus du souci de la santé. Mais que de choses auxquelles on peut renoncer de bon gré. Le devoir doit, dans bien des cas, être placé au-dessus de la santé, souvent même au-dessus de l’existence ; la jouissance, jamais. Chez le disciple la jouissance ne doit être qu’un moyen pour vivre sainement et, dans ce domaine, il est absolument nécessaire d’être vis -à-vis de soi-même entièrement sincère et véridique. Il ne sert à rien de mener une vie ascétique, si cette résolution est inspirée par les mêmes mobiles que les autres jouissances. Il se peut qu’on trouve dans l’ascétisme une volupté semblable à celle que l’ivrogne trouve à boire. Dans ce cas, il ne faut pas attendre de l’ascétisme ainsi compris qu’il conduise à la connaissance supérieure. Beaucoup rejettent la difficulté qu’ils ont à se développer sur leurs conditions d’existence : « Dans ma situation, disent-ils, il m’est impossible d’évoluer. » Certes, il est souhaitable pour beaucoup de voir leur situation se modifier, mais pour d’autres motifs, car en vue du progrès occulte cette modification n’est jamais indispensable. Pour ce but, il suffit de faire tous les efforts compatibles avec notre situation présente pour sauvegarder notre santé. Toute besogne, tout travail peut être utile à l’humanité. Il est beaucoup plus digne d’une grande âme de reconnaître qu’un travail si infime, si odieux même qu’il soit est utile à l’ensemble que de se croire au-dessus de ce travail et appelé à une autre destinée.

Mais il importe tout particulièrement que le disciple recherche la santé parfaite de l’âme. Une vie sentimentale et cérébrale malsaine, nous écarte en tout cas des sentiers de la connaissance. La base nécessaire de tout progrès, c’est le calme et la paix dans la pensée, la sûreté dans les impressions et les sentiments. Rien ne doit être plus étranger au disciple que le penchant à la rêverie romanesque, à l’excitation, à la nervosité à l’exaltation et au fanatisme. Il doit porter sur toutes les situations de la vie un regard froid, judicieux et pénétrant, savoir se conduire avec sûreté, et laisser les choses extérieures lui parler et agir librement sur sa conscience. Partout où c’est nécessaire, il doit s’efforcer de rendre justice aux êtres. Tout ce qu’il peut y avoir de tendu et de partial dans ses jugements ou ses sentiments doit disparaître. Si ces dispositions n’étaient pas les siennes, au lieu de pénétrer dans les mondes supérieurs réels, le disciple risquerait de se trouver dans un univers créé de toutes pièces par sa propre imagination. Au lieu de la vérité, il verrait régner en lui ses fantaisies et ses préjugés. Il vaut mieux pour le disciple un bon sens terre à terre que l’exaltation ou l’imagination déréglées.

La deuxième condition est : la conscience d’être comme un anneau dans la chaîne de l’univers. Cette condition comporte des obligations complexes. Chacun ne peut s’en acquitter que suivant son tempérament individuel. Si je suis, par exemple, précepteur et que mon élève ne réponde pas à l’idéal que je souhaite, je dois m’en prendre non pas à lui, mais à moi. Je dois avoir si profondément conscience d’être un avec lui que je me demande aussitôt : est-ce que ce qui chez mon élève ne me convient pas n’est pas précisément mon fait ? Et, au lieu de m’élever contre lui, je réfléchirai plutôt à ce que je dois faire pour qu’à l’avenir il réponde mieux à mes exigences. Ces habitudes mentales modifient peu à peu la manière de penser tout entière aussi bien dans les grandes que dans les petites choses. Imbu de ces dispositions, je considère, par exemple, un criminel d’un autre œil qu’auparavant, je suspends mon jugement et je me dis : « Je ne suis comme lui qu’un homme », et j’en viens à penser que ce frère en humanité serait peut-être devenu tout autre si les maîtres qui se sont donné la peine de m’élever s’étaient occupés de lui. Peut-être, me dis-je, est-ce uniquement cette éducation que les circonstances m’ont permis d’avoir, qui m’a préservé d’un destin semblable. Je considérerai donc que j’ai joui d’un bienfait qui lui était refusé et que je suis redevable de mon honnêteté précisément aux circonstances dont il a été privé, et je ne serai pas très éloigné de l’idée que moi, cellule de l’organisme humain, je suis solidairement responsable de tout ce qui advient dans les limites de cet organisme. Cela ne veut pas dire que cette pensée doive me pousser immédiatement à des manifestations extérieures. C’est, au contraire, dans le silence de l’âme qu’il faut la cultiver. Alors seulement elle influencera progressivement la conduite de l’homme. Dans de pareils domaines, c’est par soi -même qu’il faut commencer son activité réformatrice, rien n’est plus stérile que de fonder sur ses idées, des revendications qui s’étendent aussitôt à l’espèce humaine tout entière. Il est trop facile de proclamer comment l’humanité devrait être : l’occultiste travaille dans les régions profondes et non pas à la surface. Il serait par conséquent tout à fait faux de vouloir établir un rapport entre cette condition imposée par l’occultisme et une formule quelconque, philosophique ou politique. En règle générale, les agitateurs politiques savent une seule chose : ce que l’on peut exiger d’autrui, mais quant à exiger quelque chose de soi-même, il n’en est pas question.

Cela nous amène tout naturellement à parler de la troisième condition imposée au candidat. Il doit s’élever par son effort jusqu’à l’idée que ses pensées et ses sentiments ont pour l’univers la même importance que ses actions. Il lui faut reconnaître qu’il est aussi nuisible de haïr son semblable que de le frapper. Il s’en suit tout naturellement que lorsque je travaille au perfectionnement intérieur, je ne travaille pas seulement pour moi, mais pour l’univers. La pureté de mes pensées et de mes sentiments est aussi profitable à mon entourage que des bienfaits effectifs. Aussi longtemps que je n’ai pas foi en cette importance mondiale de la vie intérieure, aussi longtemps je ne puis être jugé digne du nom de disciple, et je ne puis manifester cette foi dans l’importance de l’âme et de la vie intérieure qu’en travaillant à mon développement moral comme s’il s’agissait d’une chose au moins aussi réelle que la réalité sensible, car je dois savoir que mes sentiments exercent une action aussi précise que les mouvements de ma main.

Cette conviction comprend déjà à vrai dire la quatrième condition, c’est-à-dire la persuasion que la véritable essence de l’homme réside dans son être intérieur, et non dans son être extérieur. Celui qui se considère avant tout comme un produit du monde extérieur, comme un phénomène issu d’éléments physiques, ne saurait avancer dans l’occultisme. La conscience de notre essence animique et mentale est la base de toute évolution spirituelle. Si l’on se pénètre de ce sentiment, on devient capable d’établir une délimitation entre le devoir intérieur et ses effets extérieurs. On apprend à reconnaître qu’il n’y a point de commune mesure entre ces deux choses. Le disciple doit trouver le juste milieu entre les obligations que lui imposent les circonstances extérieures et celles que lui prescrit sa conscience. Il ne doit pas imposer à son entourage ce qui surpasse sa compréhension, mais il ne doit pas non plus se plier au désir de satisfaire en toute chose aux idées de son entourage. C’est seulement à la voix de son âme sincère et avide de connaissance qu’il doit demander de reconnaître de la vérité qu’il professe, mais, en même temps, il lui faut apprendre de ceux qui l’entourent, afin de découvrir ce qui peut leur être utile et profitable. Ainsi, il édifiera en lui-même ce que la science occulte appelle « la balance spirituelle ». Sur l’un des plateaux de cette balance se trouve un cœur largement ouvert aux besoins et aux aspirations du monde ; sur l’autre plateau, la foi intérieure et la fermeté inébranlable.

Ces qualités touchent à celle que comporte la cinquième condition : la persistance dans l’accomplissement d’une décision une fois prise.

Rien ne doit détourner le disciple d’une décision qu’il a prise, sinon la constatation évidente qu’il se trouve dans l’erreur, car chaque résolution est une force et, alors même qu’elle ne produit pas un résultat visible au point où on l’a dirigée, elle agit pourtant à sa manière. Le succès n’est essentiel que si l’on agit par passion, mais toutes les actions produites par la passion sont sans valeur en ce qui concerne le monde supérieur.

Dans ce monde-là il n’y a qu’un élément déterminant dans l’action, c’est l’amour. C’est dans cet amour que doivent prendre une forme vivante tous les mobiles qui incitent le disciple à agir, alors rien ne le découragera de continuer infatigablement à transmuer ses résolutions en actions, si nombreux qu’aient pu être ses insuccès visibles.

Et ainsi il en arrive à ne plus s’attacher aux effets de ses actions, mais à trouver sa satisfaction dans l’action elle-même. Il apprendra ainsi à offrir au monde en sacrifice toutes ses actions et même son être tout entier sans songer comment le monde accueillera ce sacrifice. Cette vie d’abnégation est celle à laquelle le disciple doit se déclarer prêt à l’avance.

La sixième disposition est un sentiment de reconnaissance envers tout ce qui advient à l’homme. On doit considérer l’existence personnelle comme un présent de l’univers. Que de conditions sont nécessaires pour que nous recevions la vie et que nous puissions l’entretenir ! Combien nous sommes redevables à la nature et à nos semblables ! Ces pensées doivent devenir chères à ceux qui entrent dans le sentier occulte. Sans elles on ne saurait évoluer en soi l’amour universel qui est nécessaire pour parvenir à la connaissance supérieure. La révélation ne se produit pas sans amour et chaque révélation doit nous pénétrer de gratitude, car elle nous enrichit.

Toutes les conditions susdites doivent se réunir dans la septième qui est de persévérer dans la conception de la vie qui en résulte. C’est seulement ainsi que le disciple aura la possibilité de mettre de l’unité dans son existence. Les divers modes de son activité seront ainsi mis en harmonie, au lieu de se contredire et de se combattre, et c’est ainsi qu’il se préparera au calme qu’il doit acquérir dès ses premiers pas dans le sentier. Si quelqu’un a la volonté ferme et loyale de remplir toutes ces conditions, il n’a plus qu’à s’adresser à un instructeur qui sera prêt à lui donner les premiers conseils.

Les formalités extérieures de son admission consistent uniquement dans l’affirmation de ces dispositions. Ces formalités ne peuvent être communiquées qu’individuellement. Elles ne sont pas sans valeur, car tout acte de la vie intérieure doit s’exprimer par un acte extérieur et de même qu’il ne suffit pas qu’un tableau existe dans la tête du peintre pour qu’il ait une réalité objective, de même il n’existe point de discipline occulte sans manifestations extérieures. Ceux-là seuls méprisent les formes qui ignorent que la vie intérieure s’exprime en elles. Il est vrai que dans toute chose, c’est l’esprit qui importe et non la forme, mais de même que la forme sans l’esprit est un néant, de même l’esprit qui ne peut créer une forme à son image est inerte. Les conditions imposées au disciple ont pour objet de le rendre assez fort pour satisfaire aux exigences que l’instructeur lui imposera dans l’avenir. S’il n’a pas rempli ces conditions, il hésitera avec appréhension devant toute obligation nouvelle, il n’aura pas dans les hommes la confiance qui est nécessaire. Or, c’est sur la confiance et sur un amour sincère de l’humanité que toute recherche de la vérité doit être édifiée. L’amour du genre humain doit s’élargir progressivement jusqu’à l’amour de toute vie, de tout être. Celui qui ne remplit pas les conditions énoncées ne pourra pas éprouver assez d’amour pour tout ce qui est création et construction, et assez d’éloignement pour tout ce qui est destruction et anéantissement.

Le disciple doit devenir incapable de vouloir la fin de quoi que ce soit pour le plaisir de détruire et, cela, non seulement en action mais aussi en paroles, en sentiments ou en pensées. Tout ce qui est croissance et devenir doit lui donner de la joie, et il ne doit prêter la main à un acte destructif que si cette destruction est indispensable à l’éclosion d’une vie nouvelle.

Nous ne voulons pas dire par là que le disciple doit assister impassible au déchaînement des éléments nuisibles, mais qu’il doit chercher dans le mal les côtés qui permettent de tenter de le transformer en bien. Il doit savoir par expérience que la meilleure façon de combattre le mal et l’imparfait est de favoriser la création de ce qui est bon et parfait. Il sait que de rien on ne saurait faire sortir quelque chose, mais que l’imperfection peut être transformée en perfection. Celui qui développe en soi l’amour de la création trouve bientôt le moyen de se comporter comme il convient vis-à-vis du mal.

Quiconque se rend dans une école occulte, doit savoir que son travail sera d’édifier et non de démolir. Il doit apporter avec lui la volonté de travailler avec une sincérité et un dévouement sans bornes et de renoncer à toute critique destructive. Il doit être capable de dévotion, car il lui faudra apprendre ce qu’il ne sait pas encore et, sans dévotion, il n’y a point de révélation.

Amour du travail et dévotion, tels sont les sentiments fondamentaux que l’étudiant doit favoriser. Beaucoup constateront qu’ils n’avancent pas dans leur instruction malgré un travail ininterrompu. Cela vient de ce qu’ils n’ont pas compris le vrai sens du travail et de la dévotion. Un travail aura d’autant moins de succès qu’on ne s’en acquitte qu’en vue du succès, et l’étude qui n’est pas accompagnée de dévotion risque de rester stérile. Le ressort du progrès, c’est l’amour du travail, non l’amour du succès. Lorsque l’étudiant cherche à penser sainement et à juger sûrement, il ne faut pas qu’il paralyse sa dévotion par le doute et par la défiance.

Il ne s’agit naturellement pas d’altérer l’indépendance de son jugement, sous prétexte qu’il faut avoir en face de la révélation une attitude de, confiance et de dévotion au lieu de se retrancher derrière son opinion personnelle. Ceux qui sont parvenus à la science savent qu’ils en sont redevables non pas à leur égoïste jugement personnel, mais à leur habitude d’écouter avec calme et de travailler avec confiance. Ne perdons pas de vue que lorsque nous sommes capables de juger sur un sujet nous n’avons plus à l’apprendre. Si l’on veut donc uniquement juger, on ne peut plus apprendre ; or, dans la discipline occulte il s’agit d’apprendre, il faut avoir la ferme volonté d’être un « élève ». Si l’on ne comprend pas quelque chose, mieux vaut cent fois s’abstenir de juger que de juger à faux : la compréhension viendra plus tard.

À mesure qu’on gravit les degrés les plus hauts de la connaissance, le besoin de cette discipline de dévotion se fait sentir davantage. Toute connaissance, toute action dans le monde de l’esprit est infiniment subtile et délicate en comparaison avec les opérations de l’entendement ordinaire ou les phénomènes de la vie physique. Plus le champ d’action de l’homme s’élargit, et plus son activité devient subtile. Puisqu’il en est ainsi, il n’est pas étonnant que les hommes arrivent à des opinions et à des points de vue aussi différents en ce qui concerne les mondes supérieurs. Mais, en réalité, il n’y a sur ces hautes vérités qu’une opinion vraie : « On ne saurait y parvenir qu’en s’élevant par le travail et la dévotion jusqu’au point où l’on contemple la vérité sous son véritable aspect. »

Ceux qui arrivent à penser en contradiction avec cette unique opinion vraie, prouvent qu’ils sont insuffisamment préparés et jugent les choses d’après leurs préjugés ou leurs habitudes personnelles.

De même qu’il n’y a qu’un avis sur un théorème de mathématiques, de même il n’y en a qu’un sur les choses du monde transcendant. Mais il faut se préparer à trouver cette vérité. Si l’on songeait suffisamment à cet état de choses, les conditions imposées par l’instructeur ne surprendraient personne. Il est rigoureusement vrai que la vérité et la vie supérieure résident au dedans de chacun de nous et que chacun peut et doit les trouver soi-même. Mais il faut les chercher au fond de l’âme et ce n’est qu’après avoir écarté tous les obstacles qu’on peut les extraire de leur mine profonde.

Comment y parvenir ? Celui-là seul peut l’enseigner qui a l’expérience de l’occultisme. C’est l’instructeur qui donne les conseils nécessaires. Il n’impose à personne la vérité. Il ne promulgue aucun dogme, mais il montre un chemin. L’occultisme a pour but d’abréger la route. Par lui, l’homme parvient plus tôt au point où il peut travailler dans les mondes où son travail spirituel peut servir utilement le salut et l’évolution de l’humanité.

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TetraktysLES VERS DORES DE PYTHAGORE

   Traduction : Fabre d'Olivet

 

Préparation.

Rends aux Dieux immortels le culte consacré ;
Garde ensuite ta foi : Révère la mémoire
Des Héros bienfaiteurs, des Esprits demi-Dieux.

Purification

Sois bon fils, frère juste, époux tendre et bon père.
Choisis pour ton ami, l’ami de la vertu ;
Cède à ses doux conseils, instruis-toi par sa vie,
Et pour un tort léger ne le quitte jamais ;
Si tu le peux du moins : car une loi sévère
Attache la Puissance à la Nécessité.
Il t’est donné pourtant de combattre et de vaincre
Tes folles passions : apprends à les dompter.
Sois sobre, actif et chaste ; évite la colère.
En public, en secret ne te permets jamais
Rien de mal ; et surtout respecte-toi toi-même.
Ne parle et n’agis point sans avoir réfléchi.
Sois juste. Souviens-toi qu’un pouvoir invincible
Ordonne de mourir ; que les biens, les honneurs
Facilement acquis, sont faciles à perdre.
Et quant aux maux qu’entraîne avec soi le Destin,
Juge-les ce qu’ils sont : supporte-les ; et tâche,
Autant que tu pourras, d’en adoucir les traits :
Les Dieux, aux plus cruels, n’ont pas livré les sages.
Comme la Vérité, l’Erreur a ses amants :
Le philosophe approuve, ou blâme avec prudence ;
Et si l’Erreur triomphe, il s’éloigne ; il attend.
Ecoute, et grave bien en ton coeur mes paroles :
Ferme l’oeil et l’oreille à la prévention ;
Crains l’exemple d’autrui ; pense d’après toi-même :
Consulte, délibère, et choisis librement.
Laisse les fous agir et sans but et sans cause.
Tu dois dans le présent, contempler l’avenir.
Ce que tu ne sais pas, ne prétend point le faire.
Instruis-toi : tout s’accorde à la constance, au temps.
Veille sur ta santé : dispense avec mesure,
Au corps les aliments, à l’esprit le repos.
Trop ou trop peu de soins sont à fuir ; car l’envie,
A l’un et l’autre excès, s’attache également.
Le luxe et l’avarice ont des suites semblables.
Il faut choisir en tout, un milieu juste et bon.

Perfection

Que jamais le sommeil ne ferme ta paupière,
Sans t’être demandé : Qu’ai-je omis ? qu’ai-je fait ?
Si c’est mal, abstiens-toi : si c’est bien, persévère.
Médite mes conseils ; aime-les ; suis-les tous :
Aux divines vertus ils sauront te conduire.
J’en jure par celui qui grava dans nos coeurs,
La Tétrade sacrée, immense et pur symbole,
Source de la Nature, et modèle des Dieux.
Mais qu’avant tout, ton âme, à son devoir fidèle,
Invoque avec ferveur ces Dieux, dont les secours
Peuvent seuls achever tes oeuvres commencées.
Instruit par eux, alors rien ne t’abusera :
Des êtres différents tu sonderas l’essence ;
Tu connaîtras de Tout le principe et la fin.
Tu sauras, si le Ciel le veut, que la Nature,
Semblable en toute chose, est la même en tout lieu :
En sorte qu’éclairé sur tes droits véritables,
Ton coeur de vains désirs ne se repaîtra plus.
Tu verras que les maux qui dévorent les hommes,
Sont le fruit de leur choix ; et que ces malheureux
Cherchent loin d’eux-les biens dont ils portent la source.
Peu savent être heureux ; jouets des passions,
Tour à tour ballotés par des vagues contraires,
Sur une mer sans rive, ils roulent, aveuglés,
Sans pouvoir résister ni céder à l’orage.
Dieu ! vous les sauveriez en désillant leurs yeux...
Mais non : c’est aux humains, dont la race est divine,
A discerner l’Erreur, à voir la Vérité.
La Nature les sert. Toi qui l’as pénétrée,
Homme sage, homme heureux, respire dans le port.
Mais observe mes lois, en t’abstenant des choses
Que ton âme doit craindre, en les distinguant bien ;
En laissant sur le corps régner l’intelligence :
Afin que, t’élevant dans l’Ether radieux,
Au sein des Immortels, tu sois un Dieu toi-même !

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Statutsilence             LE SILENCE

     Victor-Emile MICHELET

                     (1861-1938)

 

    Tu n'auras pas d'autre demeure que ton cœur ;

    Car sur la Terre, où nous sommes des voyageurs,

    Nul ne bâtira sa demeure permanente :

    Tu n'auras pas d'autre demeure que ton coeur.

    Alors, autour de lui, dans l'atmosphère ardente,

    Qui naît de lui, qui l'enveloppe et qui aspire

    Tous les rayons venus des choses qu'il désire,

    Évoque le silence et le divin silence ;

    La forme que revêt la première hypostase,

    Obéissant à qui l'espère avec puissance,

    T’emportera sur les quatre ailes de l'extase.

    La vie intérieure est faite de silence.

Elle est le palais dont le silence est la base.

Elle est fa fleur de feu : le silence est le vase,

Le silence est le vase où tu bois la beauté.

Toi qui passes ici, certain, mais ballotté

Entre ta vie réelle et ta vie apparente,

Ta vie réelle, ténébreuse et véhémente

Comme la passion, le tonnerre et la mort,

Couvre d'un voile d'ombre et de nuit le trésor

De cette vie intérieure, que mesure

Entre tes âmes la meilleure et la plus pure,

Afin que rien n'attente à son mystère intense,

Et que sa force vierge, intégrale, s'emploie

A dresser le métier où les mains du silence

Tâcheront à tisser l'étoffe de ta joie.

 

 

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